Dernière nuit à Amanatani. Béné est tout à fait guérie. Nous avons de l’eau chaude pour nous laver l’essentiel dans les toilettes-douches – sans eau courante !

A las ocho, nous petit-déjeunons, en partie avec des crêpes, cette fois encore, et nous finissons tant bien la confiture de fraises que Walther doit aller en chercher ailleurs. Erick, espiègle, propose du beurre à Béné… Nous soupçonnons que ce soit la cause de ma courte maladie…

Nous apprenons d’ailleurs que Walther a découché les deux nuits à Amantani. Et nous apprendrons plus tard un peu plus encore.

Après quelques photos, la famille d’accueil nous accompagne jusqu’au bateau, en portant notre valise, et nous fait un petit discours d’adieux, as usual.

Sur le bateau, nous nous installons là-haut avec Vincent. Nous jetons nos fleurs – pago a la pachamama. Le bateau tangue de folie, à cause du vent qui creuse des vagues parallèles à notre trajectoire. Quelques à-coups nous obligent à nous accrocher fermement aux barres. Vincent, négligemment allongé sur son banc, perd d’un coup son appareil photo (un bridge) et sa crème solaire. Il rattrape brillamment le plus important, réflexe de survie, mais la crème solaire tombe à l’eau. Plouf ! La frayeur passée, nous rigolons bien de cet incident, d’autant plus que le capitaine fait demi-tour pour récupérer la crème !

Erick nous rejoint pour un peu de vocabulaire et des conseils de littérature. Walther court toujours partout, monte et descend au pas de course.

Nous accostons l’île de Taquile, le crocodile, sur la tête (ou dans la narine ?) et commençons à grimper. La famille qui nous accueille vient à notre rencontre, le père de famille tricotant nonchalamment un bonnet en marchant, que ce soit en montée ou en descente !

A proximité de son habitation, qui nous servira de restaurant – avec vue sur la Bolivie, notre hôte nous explique la vie à Taquile : l’agriculture et le tourisme. Il nous montre des pommes de terre (papas), les mêmes déshydratées, du maïs blanc et jaune, des fèves, etc. Tous les légumes de l’île sont petits car la terre n’est pas fertile : question de sols, d’eau ou d’altitude ? Taquile fonctionne comme Amantani sur le principe des suyos (au nombre de six), qui permet le repos des terres. Les sols en jachère sont occupés par le bétail.

Notre guide local nous détaille les broderies d’une ceinture représentant les douze mois de l’année : les périodes de faim (décembre), de semences, de récolte, de fêtes et d’élection.

Il pile sous nos yeux une plante locale qui a les vertus de la lessive. La plante, écrasée, mousse dans l’eau. Il lave de la laine de mouton devant nous. Il reste, certes, du broyat qui donne la couleur verte par endroits, mais la laine a bien blanchi !

Je suis un peu déconcentrée durant la présentation car la tête me gratte et j’ai peur d’avoir une bestiole dans les cheveux. Finalement, ce ne sont que des croûtes, à surveiller !

Nous allons observer le travail des tisseuses qui fabriquent des ceintures, plutôt couteuses ! Elles ont une habileté et une patience extraordinaire. Selon leurs motifs, elles ont attaché préalablement ensemble à l’aide d’un bout de laine les fils à soulever ; elles utilisent des bouts de bois pour tracer le chemin du fil et un os pointu pour serrer les fils.

Les femmes tissent la partie décorative ; les hommes réalisent un tressage en laine de lama et un peu des cheveux de leurs épouses pour la finalisation. Ces « ceintures » permettent de maintenir le dos, comme chez nous.

Le marché communautaire s’ouvre pour nous. Nous n’achetons rien, bien que nous tournions autour d’un bonnet d’enfant

Nous allons déjeuner sur les hauteurs proches, chez l’hambitant, avec vue sur la Bolivie. Le déjeuner est, paraît-il, immuable : une soupe, du riz, des frites et de la truite, servie dans une assiette en forme de poisson ! Et munia pour finir, bien entendu ! Ces péruviens manquent de desserts, la soupe et le riz deviennent lassants… Quoique les desserts ne soient pas toujours une réussite !

Nous sommes bien en retard et repartons aussitôt après dîner – un discours. Nous grimpons. Nous croisons des moutons, qui ont deux pattes attachées (deux pattes du même côté) : cela les empêche de sauter les murets séparant les champs et d’aller manger dans les champs voisins…

La ville capitale de l’île s’appelle, elle aussi, Taquile. Le marché couvert, là-haut, est une sorte de coopérative aux prix fixes et non négociables. Nous y achetons une paire de gants et deux paires de mitaines, dont une pour Marif’.

Un peu déçus, nous terminons par les fesses du crocodile et descendons les cinq cents marches qui nous ramènent à la mer. Sur le chemin, je demande à Erick à quels jeux joue-on ici. Il me répond le poker, le Monopoly et « action ou vérité » ! Etonnée, je lui explique que « action ou vérité » se joue entre jeunes ou à l’adolescence en France Il reconnait que c’est un jeu de solteros et qu’il n’y a jamais joué avec sa novia… Il sait jouer au tarot aussi, qu’il a appris avec les français, incorrigibles mangeurs de grenouille…

Nous grimpons tous sur le toit de notre bateau, au soleil et au vent, avec les coussins des bancs.

Avec Erick, nous parlons métiers cette fois-ci. Il y a pleins d’avocats au Pérou (ce que fait son frère). Médecin, comme dans les autres pays, est un bon métier. Les ingénieurs forment une nouvelle élite. Ce métier n’était pas porteur précédemment, mais désormais, entre les travaux publics, les gazoducs et les mines, le travail ne manque pas. Chaque mairie a aussi son ou ses ingénieur(s) pour réaliser la potabilisation de l’eau, le traitement des eaux usées, la gestion des déchets et les voiries.

Nous apprenons à Erick l’expression « chaud lapin », en blaguant sur Walther. Nous en rigolons bien, quels délires, ces caliente conejo !

Nous avons remarqué qu’au Pérou, peu de gens portaient des lunettes. Nous avons vu Leonardo qui en portait, mais il avait justement de sérieux problèmes. Nous nous demandons si c’est la sélection naturelle qui fait survivre les péruviens qui voient bien ou la société occidentale dont le mode de vie dégrade la vue… ou les deux.

Nous demandons des conseils en matière de littérature péruvienne. Erick nous donne :

Tradicionnes Peruanes, Ricardo Palma

Ave sin nido, Clorinda Malto de Turner

7 ensayos de la realidad peruana, Carlos Mariategui

Poèmes de Cesar Ballero

A l’arrivée, Luis nous monte notre valise. Nous l’espérions, mais sommes toutefois un peu gênés. Les péruviens et les péruviennes mettent sur leur dos jusqu’à soixante kilos… Alors, notre valisette de quinze kilos…

Les hommes, excepté Nikos qui est toujours un peu maladou, vont se baigner dans le lac Titicaca, dont l’eau est à 12°C d’après leurs estimations. Walther fait même quelques brasses le long du rivage (c’est ce qu’on m’a raconté).

Pendant ce temps, nous nous douchons à tour de rôle, avec de l’eau à peine tiède. Je me lave à nouveau les cheveux, à cause de mes démangeaisons. Ou bien serait-ce parce que je me suis cognée au moins trois fois à Amantani ?

Nous replions tout notre linge sale pour gagner un maximum de place dans nos bagages, y ajoutons des souvenirs et nous asseyons sur notre grosse valise pour la fermer.

Nous sommes ressortis à la nuit tombée. Nous buvons un mate de munia avec Erick et Vincent. Nous avons retrouvé notre lampe de poche à manivelle, mais elle est complètement KO. Il faut la remonter autant de temps que la lumière reste allumée, alors que celle que nous a prêtée Vincent fonctionne quarante minutes par minute de manivelle… C’est beau la technologie moderne. Nous allumons aussi la radio sur notre lampe de luxe, mais nous ne captons que quelques secondes, et encore, selon l’orientation de l’antenne !

Nous donnons à Erick ce que nous souhaitons laisser, pour nous délester et par solidarité. Nous laissons notre PQ, des savons et des médicaments aux familles de Capachica. Erick garde quelques savons pour lui et accepte notre K-Way et notre dictionnaire franco-espagnol. Il n’en a pas ! Vincent laisse le sien, plus petit, à Walther.

Dans la salle à vivre de chez Felix, Walther nous rejoint et nous éclaire sur les dieux incas et préincas qui sont brodés sur notre tapis de mur. Il s’étonne que nous ayons si bien marchandé car, à 100 soles, c’est une affaire ! Il semble nous envier notre achat. Côté dieux, Erick n’est pas très sûr de lui et Walther a un blanc sur une représentation. Sur douze, plutôt bien, non ?

En même temps, Walther est formateur accrédité pour guides ! Il ne fait que jouer le guide et l’organisateur pour nous, c’est repos, non ?

Nous remontons à la maison de Luis et Antonia pour dîner. Soupe, riz, dessert type jelly à la pêche et munia. J’ai vraiment du mal ! Après une muy bien manqué, Walther nous donne le programme de demain : « Mañana, por la mañana… ». Nikos ne peut s’empêcher de pouffer de rire ! Plutôt rigolos, ces tics de langage…

Le temps est venu de faire le bilan du séjour – partie lac Titicaca essentiellement. Adeline fait part de ses regrets concernant les limites de la communication avec les familles. Nous nous sommes parfois sentis trop servis. Nous avons insisté pour que certaines familles mangent avec nous. Assez souvent, le chef de famille s’est joint à nous, mais trop rarement la femme et les autres membres de la famille (parfois étendue !).

Nous regrettons de ne pas avoir suffisamment échangé, de ne pas avoir expliqué comment nous vivons en France. Adeline propose de réaliser une petite présentation à grouper et imprimer pour servir de base aux conversations du soir. J’aimerais bien, a posteriori, préparer cette présentation et l’agrémenter de photos.

Erick et Walther pensent qu’ils ont un rôle déterminant là-dedans, en tant que traducteurs, a minima, mais je crois que nous, touristes, devons aussi mettre entre parenthèses nos conversations franco-françaises et élargir notre spectre…

Nous évoquons aussi qu’il manque une journée musées à Cusco, que la poterie de Yucay est à inclure dans le programme et que l’excursion au Machu Picchu peut être calée différemment à la saison humide, étant donné qu’il n’est pas possible d’y voir le lever du soleil.

Luis écoute nos remarques, la partie traduite en castillan, ce qui est excellent pour le rapprochement des hôtes et des hôtes !

Le soir même, un feu est allumé dehors, à grand renfort d’alcool à 90°C. Il faut préciser que le petit bois brûlait au-dessus des grosses bûches. Il faut chaud et froid ; les yeux et la gorge nous piquent, mais nous chantons tour à tour, péruviens et français. Erick nous apprend une chanson qui a beacoup plu.

Tengo quatro mujeres × 2

Una por la cocina

Otra por la lavanderia

Otra para dormir

Una ultima de repuesto

Enfumés, heureux mais crevés, nous retournons dans le noir dans nos chambres, en suivant Marna.

Notre dernière nuit au Pérou. Le lit est froid et difficile à réchauffer. Nous mettons notre réveil à 6h30 pour boucler nos valises et les monter à la maison d’en-haut.

Retour à l'accueil