Petit-déjeuner chez Luis et Antonia. La petite Maria nous fait risette. Elle ne porte plus son chapeau en forme de fleur inca, mais c’est sa maman qui en porte un ! Pourtant, Erick et Walther nous expliquent que ce chapeau est réservé aux femmes célibataires ; celui avec les pompons est traditionnellement celui des femmes mariées. Ces différences sont moins respectées aujourd’hui car nous avons vu à Paramis une jeune célibataire de notre famille d’accueil portant un chapeau à pompons, quoique plus gros paraît-il (dice Erick). Et Antonia n’est pas mariée, mais vit en couple, quelle ambigüité !!

Ce matin, après ma tartine, je n’ai pas le courage d’avaler mon omelette salée, aussi refilai-je, une fois de plus, la fin de mon assiette à Erick et Walther.

Nous nous brossons les dents et rebouclons notre valise, fort mal d’ailleurs – nous constaterons vite qu’il nous manque notre serviette et du spasfon… – et nous rejoignons le bateau qui nous emmène sur les îles flottantes, en quarante minutes.

Les îles flottantes de Huros sont une vraie curiosité. Leurs habitants descendent des boliviens échappés de la mine d’argent. Venus se planquer dans les roseaux, ils ont ensuite réellement construit des îles flottantes. Aujourd’hui encore, ils scient les racines des roseaux, attachent les morceaux entre eux et les ancrent au fond du lac avec des amarres. Ils constituent un lit de deux mètres de roseaux séchés pêle-mêle, et alimentent ce tapis végétal tous les quinze jours. Les maisons sont bâties en bois d’eucalyptus et en roseau de façon à pouvoir être soulevées pour les ajouts de roseaux.

Les habitants de ces îles épluchent les roseaux tels des bananes et  consomment le blanc. Ils cuisinent aussi au feu de roseaux, notamment des canards, espèce protégée partout ailleurs sur le lac.

Walther nous montre une carte du Titicaca (se dice « Titicraca » ici). En inversant la carte, il nous montre que le lac a la forme d’un félin en train de chasser un lièvre, d’où son nom, le « félin gris ».

Nous découvrons l’artisanat en roseaux : de petits bateaux sur le modèle des grands et des saynètes de noces. Je craque pour deux colliers : une pierre peinte percée portée par un cordon noir. Ploufon me dit qu’il adore ce genre de collier !!

Nous faisons ensuite un tour en barque de roseaux, embarcation qui ressemble plus à un grand drakkar qu’à une barque d’ailleurs ! Nous observons un aymara couper des roseaux et nous les attachons à notre embarcation. Tout au long de notre promenade sur l’eau, cinq enfants, quatre filles et un garçonnet, entonnent des chants d’école en dansant, s’approchant de nous pour nous taper dans les mains. A notre retour sur la terre ferme (si le mot convient…), la plus grande des enfants nous tend la main pour nous aider à descendre, trop mimi mais tellement dérisoire !

Walther, qui est resté sur l’île en notre absence, tient entre ses genoux un petit garçon aux cheveux emmêlés dans un mélange de saleté. Ce seront son parrain et sa marraine, une fois choisis, qui auront l’honneur de lui couper ses cheveux sales.

Nous remontons en bateau, direction Amantani. Je me sens de moins en moins vaillante et me couche dans la cabine. Un peu requinquée, je discute avec Nikos et Erick. Il notre sur un carnet les mots de vocabulaire que nous avons utilisés : une amande, un beau veau, la boue, traire la vache, faire le lit, les Champs-Elysées, la plus belle avenue du monde (dicen).

Nous parlons aussi de compostage des déchets organiques de Yucay – 3000 habitants – et des possibilités de traitement des eaux usées par lagunage. J’aimerais bien y réfléchir sérieusement !

Je me sens à nouveau écœurée, je vais au frais sur le pont, face à la route… La montée jusqu’à la maison d’accueil est difficile : j’ai envie de vomir, mal au ventre et à la tête, un peu de fièvre j’ai l’impression et je me sens faible. Walther nous attend gentiment et une femme nous prend notre valise dans sa lijlla !

Notre nouvelle demeure est superbe : des lits en bois dans une chambre parquetée. Cela change des sols et des sommiers en terre. La table du déjeuner est dressée sur le balcon à l’étage, en face de notre chambre. Je m’allonge car je sens que les odeurs de cuisine vont m’indisposer. Nikos me prépare une batterie de médicaments et je peux enfin profiter de WC avec lunettes pour me poser…

Je mange le dessert avec nos comparses : une pêche au sirop en conserve, parfait ! La tisane à la munia ne passe toutefois pas.

Nous rentrons dans nos quartiers pour un repos salvateur avant de repartir en excursion. L’excursion en question commence juste à côté par une démonstration de tissage d’une ceinture aux vives couleurs ! Nous réclamons des explications sur la façon de réaliser les motifs ; Walther nous explique que la tisseuse compte ses fils et les réassortit avant de passer son fil principal.

Le président de la communauté (le mari de la tisseuse) nous précise qu’avant le mariage, les fiancés doivent confectionner chacun un présent : un sac avec des pompons et un poncho tissé à la main pour le fiancé ; un châle noir brodé de fleurs aux couleurs vives pour la fiancée. Rien que la broderie représente pour l’homme quatre mois de travail à raison de quatre heures par jour !

Après ces explications, les femmes ouvrent toutes leurs lijlla pour nous vendre le fruit de leur travail : des bonnets typiquement péruviens, avec des oreilles, des bonnets plus classiques, des gants, des mitaines, des chaussettes, des écharpes, des pulls, des chapeaux traditionnels (de troisième qualité) et même des barres de chocolat : twix, kit kat, etc. !!

Tout est fait main évidemment, et nos vendeuses continuent de tricoter sous nos yeux ! Nous les avons aussi vu filer la laine sur une quenouille, depuis le nuage tondu jusqu’à la bobine, c’est plutôt épatant !

Je craque pour un bonnet marron et rose, sans oreilles, pour aller avec mon manteau suédois marron. Nous aurions aimé en rapporter d’autres à nos neveux et nièces, mais les tailles sont soit adulte, soit bébé. Je négocie toutefois un bonnet bébé magnifique, au profit de Vincent – qui le garde pour ses futurs enfants ! Gérald et Adeline dévalisent, quant à eux, 12 bonnets…

Le pago a la pachamama commence alors. Un vieux prêtre, incompréhensible, mais sage et savant, fait l’office. Il est accompagné de son successeur-apprenti.

Les danses traditionnelles s’enchaînent. Les costumes, ici à Amantani, sont encore différents de ceux que nous avons pu observer jusqu’ici. La danse, alternée homme / femme, se réalise avec des drapeaux aux couleurs de la terre et de l’agriculture : blanc, bleu, rose et orange des fleurs. La fleur sacrée des Incas est plantée au sommet de chaque chapeau.

Les danseurs nous entrainent dans la danse et nous donnent les drapeaux. Nous avançons au rythme de la musique et tournons sur nous-mêmes aux cris des danseurs.

Les uns après les autres, nous soufflons trois fois sur les offrandes emballées dans un tissage, en réalisant trois vœux. Nous réitérons nos vœux tour à tour auprès du prêtre, en choisissant trois feuilles de coca que le prêtre recouvre de graisse de lama et asperge d’une goutte de vin à l’aide d’une fleur sacrée.

Toute l’offrande est brûlée avec de la bouse de vache et de l’encens. Nous dansons à nouveau autour de l’offrande qui se consume.

A la fin de la cérémonie, le prêtre vient lire dans les cendres. Si les feuilles de coca sont devenues blanches, c’est que le pago a été bien accepté. Dans notre cas, les feuilles sont noires et blanches, tous nos vœux ne seront pas exaucés… Erick se mariera-t-il avec Rosemary ?

Pause cigarette : Gérald s’en roule une et Erick et Walther se partagent un long mégot trouvé par terre. Nous partons ensuite nous promener vers la place principale du village.

La nuit commence à tomber et le froid nous accompagne. Erick nous montre deux plantes dont les feuilles, pour l’une, et les fleurs, pour l’autre sont bouillies dans une casserole afin de teindre la laine par trempage.

Sur la plage du village, la nouvelle mairie est en construction. Des jeunes font des grillages à la lampe de poche et cela sent super bon ! Nous achetons de l’eau. Dans le magasin, sur une carte de France accrochée au mur, nous montrons à nos deux guides où nous habitons, ainsi que quelques photos de monuments français : la tour Eiffel, le château de Versailles, l’Assemblée Nationale, etc.

Je commence à me sentir à nouveau patraque. Nous rentrons pour dîner. Après quarante-cinq minutes de repos, je ne me sens pas d’aller manger. Je descends toutefois à table où je prends une tisane, curative, d’une plante proche de la menthe. L’odeur de nourriture m’indispose et je vais prendre l’air dehors. Les Français parlent grands navigateurs er je décide de monter me coucher dans mon petit lit simple, afin de préserver Nikos de mes microbes.

NIKOS

A la fin du repas, le vieux chef de famille, puis une femme, nous racontent des histoires.

La première raconte qu’il y a 60 ans, il y avait un lac au sommet de l’île d’Amantani. L’eau est sacrée car elle apporte la vie, la nourriture, etc., c’est pourquoi le temple dédié à la pachatata a été érigé là-haut, tout autour de l’ancien étang et c’est pourquoi celui-ci est sacré.

La deuxième histoire raconte que l’île d’Amantani était dirigée par quatre blancs, descendants des conquistadors espagnols. Ils possédaient de grands lopins de terre et exploitaient les quechuas et les aymaras des îles voisines pour le travail des champs et la récolte, en échange d’un peu de nourriture… Un jour, les quechuas se sont rebellés et ont attaqué avec leurs frondes. Les riches conquistadors payèrent alors l’armée de la ville de Puno qui débarqua en bateaux. Grâce à leurs frondes, les paysans réussirent à couler un navire, une victoire dans cette mini-guerre…

La troisième histoire était fantastique. Basée sur les croyances locales, elle racontait l’histoire d’une fille devenue folle après s’être fait offrir un collier de pierres noires, qu’elle jeta dans la rivière, mais qui revint dans sa maison par magie… Du grand délire !

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