Réveil dans la maison de Felix sur le bord du lac – vue magnifique ! La famille nous a fait chauffer une bouilloire d’eau pour faire une toilette de chat dans les WC. Nous préparons notre petite valise remplie de vêtements chauds, bonnets, ponchos, « capiaux » de soleil et crème solaire aussi !

Un peu après huit heures, nous voilà assis à la table du petit déjeuner chez Luis. Sa femme nous prépare de bonnes crêpes sucrées, en plus des petits pains locaux, avec du beurre ou de la confiture d’ananas. Elle est plutôt mimie, avec son costume traditionnel, ses 24 ans et ses deux enfants. Elle et Luis ne sont pas mariés, car la religion catholique est moins forte dans les villages reculés et les quechuas avaient l’habitude de tester la vie de couple avant le mariage.

Après avoir bouclé notre valisette, qu’Erick porte, et fermé le cadenas de notre chambre, nous déposons nos bagages dans le grand bateau.

Grâce au beau temps, Walther nous embarque pour un tour en barque, avec de beaux gilets de sauvetage jaunes, oranges et rouges. Nous partageons la barque de nos deux guides et les trois autres français sont menés par Luis. Chacun son barreur-rameur.

Erick nous montre l’île en forme de crocodile, mot que nous lui apprenons, crocodile se disant cocodrilla en castillan. L’île voisine a une forme de grenouille ou d’hippopotame, mais nous ne voyons guère la ressemblance cette fois-ci.

Après une petite demi-heure de barque, nous rejoignons notre grand bateau et nous montons sur le toit où le soleil brille mais où le vent est frais. Nous mettons de la crème solaire, même Erick ! Et nous discutons drapeaux. Le drapeau péruvien est rouge-blanc-rouge vertical, parfois avec un blason inca au centre.

Vers dix heures, nous accostons de l’autre côté de la presqu’île de Capachica, où nous attend une famille adventiste. Nous traversons des petits champs, cueillons du quinoa sur pied, de couleur vert ou rose mélangé avec du blanc.

Walther nous montre une pépinière. L’Etat péruvien finance les communautés pour l’achat de plants de cyprès et de plants d’eucalyptus afin de reboiser les terres de la presqu’île. Occasionnellement, la communauté de Paramis vend à ses voisins quelques plants pour 1,5 soles l’unité, ce qui leur permet de racheter de nouveaux plants, des roses et des dahlias pour le prochain programme. Walther nous promet que nous planterons chacun notre arbre d’ici demain.

Nous arrivons dans notre nouvelle famille d’accueil. Sur le chemin, nous remarquons des petites zones carrées grillagées avec un panneau « Deposite botellas descartables ». Ils font du tri sélectif !

Notre famille, dont le représentant masculin est Venancio, appartient à la secte adventiste qui compte des fidèles dispersés au Pérou. Dans cette communauté, ce sont les seuls à confesser cette religion. Les adventistes n’aiment pas faire la fête et n’ont pas le droit de boire de l’alcool, ni de manger du cochon. Ils nous offrent toutefois des bières et du coca, ils connaissent les étrangers !

La maison est neuve et ils nous laissent leurs chambres. Venancio l’a bâtie lui-même avec l’aide de la famille de son épouse. Ils y vivent avec les frères et sœurs de sa femme ; quatre enfants (pour deux mamans) jouent dans la cour. La pièce principale offre une magnifique vue sur le lac à travers de belles petites fenêtres grillagées de bois.

Le déjeuner se compose d’une soupe aux légumes inhabituels, mais au goût de Nikos qui en redemande ! Ensuite, assiette de truite frite avec une patate et du riz. Les discussions en français sont toujours animées…

Vers 14 heures, Venancio nous invite à nous promener vers le lac. Il nous montre des algues vertes très nutritives, qui ne poussent que dans l’eau limpide. Il en arrache et les fait sécher sur un rocher – elles ressemblent à des cheveux !

Les rochers et les cailloux des bords du lac sont stratifiés. Les galets ronds servent à lester les filets de pêche. Les grands rochers, eux, permettent de fabriquer des plateaux de table. Il faut fendre la pierre selon les strates naturelles puis introduire un peu de dynamite naturelle (une plante local contenant du souffre).

Un ancien élevage de truite en briques et béton est à l’abandon. Les œufs de truite, menacés dans le milieu naturel du lac par les prédateurs, étaient mis à éclore dans le premier bac puis, au fur et à mesure de la croissance, les truites changeaient de bac jusqu’à atteindre un an et demi et… leur liberté.

Sur le retour, Erick nous explique que la femme ou la copine principale d’un homme est désignée comme la « cathédrale », la catedral et que les autres femmes qu’un homme peut fréquenter s’appellent des « chapelles », las capillas, distinction qui s’applique principalement aux marins ou aux chauffeurs…

Notre nouvelle tâche est de piler le quinoa, préalablement séché et lavé. L’installation consiste en deux pierres plates pour moudre les grains par frottement. Une buchette permet d’incliner la plus grande pierre ; un tapis en mouton sert à s’agenouiller ; un sac de toile synthétique permet de récupérer la farine moulue.

Ce travail d’homme est un moyen local de savoir si le prétendant au mariage sera un bon travailleur et un bon père. Il faut travailler vite et faire de la farine fine. Venancio y a été soumis sans s’en douter et sa femme lui a été refusée la première fois, pour manque de performance !

A tour de rôle, nous pilons d’arrache-pied, jusqu’à 19 heures. Et repassons même une deuxième fois une partie de la farine jugée trop grossièrement moulue par Walther !

A la farine, nous ajoutons de l’eau, du carbonate de calcium et du sel. Nous malaxons, Gérald, Erick et moi. Nous découpons des petits bouts de boudins, puis serrons les morceaux dans nos paumes : une belle forme de doigts ! Le plat, appelé quipiña, est cuit à la vapeur dans une marmite remplie d’un fond d’eau et de paille.

Pour le dîner, nous y ajoutons du poisson (du pejerrey), des frites et du riz, sans oublier la traditionnelle soupe aux patates rouges !

Après dîner, Venancio, sa femme, sa belle-mère et ses jeunes belles-sœurs nous chantent des cantiques adventistes, magnifiques ! Ils chantent « la fin du monde », « la maison qui s’écroule » (les deux jeunes femmes), puis « Quand le Christ / le père / la mère / bébé sont dans la maison, c’est heureux » en cinq langues : espagnol, quechua, aymara, anglais et français.

Nous chantons Aux Champs-Elysées, Le petit âne gris, puis Vent frais, vent du matin en canon. Le pauvre petit âne de Provence a bien du mal à finir sa vie sans trop de bafouillage de notre part. Et notre canon part sur un malentendu… Nous manquons assurément d’entrainement !

Erick et Walther nous font un mix de musique en dansant, c’est plutôt fun !

Pour terminer, nous chantons tous ensemble « En el arca de Noe, todos bailan y yo tambien. ¿ Quieren oir, como hace… ? », en mimant à tour de rôle chacun l’animal que Venancio choisit pour nous. Nikos fait le hennissement du cheval, je fais le cocorico du coq, puis nous écoutons la vache, l’âne, la chèvre, l’éléphant, le taureau… avant de faire nos bruitages simultanément comme point d’orgue final !

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