Nous avons dormi comme des marmottes, presque neuf heures et demies ! Au petit-déjeuner, toujours du thé cannelle et clou de girofle avec du pain de blé, du fromage, du beurre et de la confiture d’amour en cage et, en sus, du pâté de tête et des petites saucisses. Le chauffeur se joint à nous et Leonardo est absent – parti pour Cuzco.

Départ avant 9 heures pour Moray et ses ruines incas. Le nom de Moray vient du quechua Muyu Uray qui signifie quelque chose comme « cercles en bas ». Les ruines, très abruptes à leur habitude, sont constituées de murs soutenant des terrasses en cercles concentriques, avec une déformation en forme de cacahuète à mi-hauteur du site contournant les fondations d’une maison.

Les incas n’ayant pas eu l’écriture, les historiens-archéologues sont obligés de faire des suppositions… Quatre hypothèses donc pour Moray :

1.                C’était un amphithéâtre, étant donnée sa forme et  son excellente acoustique. De nos jours s’y tient annuellement une fête qui l’utilise comme amphithéâtre.

2.                C’étaient simplement des terrasses de cultures pour l’acclimatation des plantes, avec le fameux gradient de température…

3.                C’était un centre artisanal car de nombreuses poteries ont été retrouvées en fouillant le sol.

4.                C’était un centre d’entrainement physique quechua.

Nouveaux témoignages du savoir hydraulique quechua, un canal descend de terrasse en terrasse, permettant l’écoulement de l’eau jusqu’en bas et un système de drainage sous la partie centrale permet l’évacuation de l’eau plus loin. Les escaliers que nous empruntons sont constitués de pierres saillantes assez espacées. Nous sommes bien essoufflés après les 150 mètres de remontée !

Un amphithéâtre voisin, non rénové, est appelé « princesse pipi » ou quelque chose d’approchant en quechua. Il est en début de rénovation : les pierres ont été rassemblées pour la restauration et forment des tas en attente.

Nous repartons sur la piste pour les salines de Maras. Il s’agit d’un cours d’eau, mince et régulier, qui sort de la montagne, plein de sel. Chaque famille de Maras possède un ou plusieurs bassins dans lesquels sèche le sel aux périodes de fortes chaleurs. Cela représente environ 150 kilogrammes à chaque récolte ! A la saison des pluies (en ce moment), le sel est impropre à la consommation humaine car mélangé à la terre. Il est donné aux bêtes. A la saison sèche, trois types de sel sont distingués : la fleur de sel, le sel normal et le sel pour les animaux. Pour la consommation humaine, de l’iode est ajouté afin que le sel ait toutes les vertus du sel de mer et notamment afin d’éviter le développement des goitres (dus au manque d’iode).

Au magasin, nous goûtons des cacahuètes et du maïs grillé, ainsi que des bananes frites (ce ne sont pas des bananes standards, mais des fruits plus longs et roses, peu goûteux au naturel). Nous achetons aussi 18 cartes postales et un paquet de 250 grammes de sel. La carte et le paquet de sel sont au même prix !

 

Retour à la maison pour déjeuner : soupe de maïs jeune avec une demie pomme de terre, puis délicieuses truites en papillote, sans arrêtes, et farcies aux herbes. Clémentine puis infusion de munia.

Nous allons téléphoner à nos maisons françaises. Erick, à son habitude, nous accompagne gentiment partout. Nikos commence à se sentir un peu mieux, il était fatigou suite à la galopade dans les ruines de ce matin.

 

Nous remontons en voiture pour aller à la poterie d’où vient toute la vaisselle dans laquelle nous mangeons à Yucay. Le potier nous explique son métier, en espagnol. Il tourne la pâte qu’il fabrique devant sa maison en terre battue, puis peint, grave et décore son objet dans son atelier. Il fait cuire ses œuvres dans un four à bois de 5 à 8 heures à la température de 800°C, puis émaille et fait recuire dans un four électrique (délocalisé en ville dans un lieu sécurisé) à 1050°C. Lors de la première cuisson, entre 8 et 10% des objets cassent à cause du poids des poteries du dessus (tout est empilé).

Les motifs sont traditionnels : le soleil, la lune, des copies de peintures rupestres. Nous, les européens, nous cherchons tous un pichet, mais point de pichet en magasin. Nous craquons pour un vase et une cafetière, plus un cendrier pour offrir à Georges, à la prochaine occasion. Adeline et Gérald dévalisent la poterie – il faut dire que les prix sont grandement raisonnables.

Nous nous arrêtons en chemin à Yucay pour boire une bière de maïs, la chicha. Les maisons qui en ont fabriqué marquent leurs portes d’un bâton fini par un sac plastique coloré, un drapeau en quelque sorte. Là où nous nous arrêtons, la chicha est parfumée à la fraise, ce qui lui confère une couleur rose pâle… Nous en achetons quatre : une pour Gérald, une en partage pour Adeline, Vincent et Nikos, une pour Erick et une pour Mario, notre chauffeur. Nikos a bien du mal à terminer la sienne avec Vincent et c’est Gérald qui nous sauve du gaspillage.

L’autre poterie, plus touristique, à Urubamba, ne présente que peu d’intérêt pour nous. Les objets sont plus industriels, plus chers (le double) et le vendeur serre la main de notre guide avec chaleur, pour qu’il lui ramène des touristes… Retour a la casa, sans avoir visité l’usine d’eau potable, nous n’avions plus le temps. Cela va devenir un running gag…

Nous apprenons chaque jour mieux à connaitre la famille Rivas et Erick, ce qui nous permet de découvrir la culture dans son quotidien. Luz vient aujourd’hui d’avoir sa première machine à laver le linge, ce qui est plutôt luxueux au Pérou, pensons-nous.

Les deux enfants, Marcus, 10-12 ans, et Sylveriana, 16 ans, mangent normalement avec la famille, réduite le plus souvent à Leonardo et Luz. Ils sont trop timides pour manger avec les étrangers. Sylveriana est d’ailleurs tellement timide qu’Erick ne la connait pas vraiment : elle ne discute qu’avec les femmes, surtout Luz et Liliane (une autre sœur d’Erick).

Nous avons aussi appris que et Yuri, le frère aîné, est instituteur (comme son père Leonardo, qui est à la retraite), un autre frère travaille dans l’administration, Elisabeth et Erick sont dans le tourisme et le petit dernier fait des études d’avocat !

Au dîner, l’ambiance était détendue. Leonardo nous a raconté comment il avait cessé d’être instituteur pour d’autres métiers (chauffeur entre autres) qui lui permettaient de nourrir ses six enfants. Les instituteurs ne gagnent pas bien leur vie au Pérou. Nous avons parlé quechua – Erick s’est fait fâcher parce qu’il ne comprenait pas instantanément les poèmes et les chansons qu’on lui demandait de traduire en français.

Le dîner fut excellent : soupe aux spaghettis-poulet, bœuf aux légumes accompagné de riz et de frites, tisane à la camomille ou coca.

Voici notre petit dictionnaire quechua, constitué avec Erick, puis étoffé au dîner :

sulpaike : merci

allin punhao : bonjour

allin touta : bonsoir

Alilenchou ? Allinme : Comment ça va ? Ca va bien ?

sokoi : boire

supaipawawan : enfant du diable

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